Sur le chemin de la sardine à Douarnenez (Le Monde)

Les petits poissons des grands jours
3 November 2010
OUEST FRANCE Aout 2016
8 November 2016

L’immense baie de Douarnenez, enchâssée entre la presqu’île de Crozon et le cap Sizun, voit ses eaux
tièdes se mélanger à la froide mer d’Iroise. C’est ainsi qu’elle est si poissonneuse. Dès l’époque galloromaine, le site a été exploité par les pêcheurs. Autour de la ville, en témoignent les cuves à garum, la
saumure épicée.
L’invention de la boîte de conserve, à Nantes, change le destin de la ville. La première conserverie
s’installe à Douarnenez en 1853. Il y en a 40 en 1880. Lapopulation passe de moins de 2 000 à plus de 13
000 habitants. Les paysans des environs viennent travailler sur les bateaux et dans les usines. Ils
s’installent dans la partie basse de la ville, à côté des belles maisons de granit édifiées par ceux qui ont
déjà fait fortune. En 1900, plus de 1 000 chaloupes de pêcheurs sont tirées sur la grève avant la
construction du port du Rosmeur. Sur les panneaux, de vieilles photos montrent l’atmosphère qui régnait
alors. On croit entendre les cloches des conserveries qui appellent les ouvriers. On devine l’odeur lourde
des “fritures” dans lesquelles sont cuites les sardines.
SANS MISÉRABILISME
Le Treboul, quartier chic et touristique de Douarnenez, s’est développé au vent des usines. De l’autre
côté, le Rosmeur a gardé ses maisons de couleur, crépies avec les restes de peinture pour bateaux. Des
venelles pavées courent entre les masures. C’est le nouveau quartier branché de Douarnenez. Les bars
sont nombreux : certes moins qu’au temps où chaque équipage s’y retrouvait pourpartager la paie. De
jeunes graphistes se réunissent sous l’enseigne “Les artsdînent à l’huile”.
Sans misérabilisme, l’histoire des Penn Sardines est expliquée. Ces ouvrières des conserveries avaient
fait grève pendant quarante-huit jours en 1924 pour obtenirl’amélioration de leurs conditions de travail. Un
combat soutenu par le Parti communiste, longtemps à la tête de la municipalité. Les HLM de la ville en ont
gardé une vue imprenable sur la mer.
La conserverie Chancerelle, la première de la ville, ouvre toujours ses portes aux visiteurs. On y découvre
les secrets de fabrication des conserves de sardines et de maquereaux de la marque Connétable : rien
que du bio. Les femmes, qui lèvent les filets de poisson à la chaîne, entonnent encore parfois les chants
des Penn Sardines.
Une boutique à l’enseigne de ces héroïnes, dans la vieille ville, vend les meilleures boîtes de sardines :
millésimées, elles peuvent coûter 15 euros. Après des années de vicissitudes, le Port-Musée vient enfin
d’ouvrir ses portes avec ses bateaux à flot que l’on visite. Et sa première exposition conte l'”Histoire des
conserveries de poisson finistériennes”.
Visites guidées sur le Chemin de la sardine, chaque jeudi après-midi. Renseignements, office du
tourisme de Douarnenez. Tél. : 02-98-92-13-35 ; sur Internet : www.douarnenez-tourisme.com.
Visites de la conserverie Chancerelle.

Sur rendez-vous. Tél. : 02-98-92-93-96. Port-Musée, au PortRhu, tarifs des visites : 3 € et 4,50 €. Tél. : 02-98-92-65-20 ; sur Internet : www.port-musee.org.
Magasin Penn Sardin, 7, rue Le Breton, 29100 Douarnenez.

L article du Monde

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